Anna Karina. Deux mots suffisent à évoquer un visage, un regard, une époque entière du cinéma français. Muse de Jean-Luc Godard, actrice aux mille visages, elle a traversé des décennies en refusant de se laisser enfermer dans un seul registre. Pourtant, la plupart des spectateurs d’aujourd’hui la découvrent via un contexte bien différent : le film Anna de Luc Besson, sorti en 2019, qui emprunte son prénom sans lui rendre hommage. Deux Anna, deux univers — et une confusion fréquente qu’il vaut mieux démêler d’entrée.
Cet article revient sur les films qui ont construit la légende d’Anna Karina, l’actrice danoise naturalisée française, star absolue des années 60. On évoque aussi le thriller de Besson pour ceux qui cherchent à s’y retrouver entre les deux. Et si vous aimez les Dossiers sur le cinéma de patrimoine ou les grandes sagas populaires, vous trouverez des repères utiles dans les deux cas.
Anna Karina, l’actrice : portrait d’une carrière hors norme
De Copenhague à Paris, une trajectoire fulgurante
Née Hanne Karin Blarke Bayer en 1940 à Frederiksberg, au Danemark, Anna Karina débarque à Paris à 17 ans avec pratiquement rien en poche. Elle fait des publicités, croise Coco Chanel qui lui suggère de changer de nom — elle devient Anna Karina. Jean-Luc Godard la repère, l’engage, l’épouse. Le reste appartient à l’histoire du cinéma.
Entre 1960 et 1967, elle tourne sept films avec Godard. Sept. C’est vertigineux. Le Petit Soldat, Une femme est une femme, Vivre sa vie, Bande à part, Alphaville, Pierrot le fou, Made in USA. Chaque film est un objet à part, une expérience de cinéma pur où Anna Karina n’est jamais un simple accessoire décoratif — elle porte le film, souvent littéralement.
💡 Notre conseil
Pour découvrir Anna Karina, commencez par Vivre sa vie (1962). Ce film en douze tableaux, à la fois sobre et bouleversant, résume tout ce qui rend son jeu inoubliable : une présence frontale, un naturel déroutant, une tristesse qui ne demande jamais à être expliquée.
Au-delà de Godard : une actrice qui refuse les cases
Réduire Anna Karina à son rôle de muse serait une erreur grossière. Après sa séparation avec Godard, elle continue à tourner — en France, mais aussi en Allemagne, en Italie, aux États-Unis. Elle travaille avec Agnès Varda (Loin du Vietnam, 1967), avec Tony Richardson, avec Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder, justement, la dirige dans Le pays où rêvent les fourmilles vertes, et l’admire ouvertement.
Les années 70 et 80 la voient explorer des registres plus variés : comédie musicale, théâtre, chanson. Elle sort des disques — Sous le soleil exactement reste un classique discret. Puis le cinéma la rappelle par intermittence. Elle apparaît dans des films de genre, des productions européennes, des courts métrages d’auteur.
- Une femme est une femme (1961) : Palme de la meilleure actrice à Berlin pour Anna Karina
- Vivre sa vie (1962) : Lion d’argent à Venise
- Bande à part (1964) : référence absolue pour Quentin Tarantino, qui nomme sa société de production A Band Apart en hommage
- Pierrot le fou (1965) : sélectionné à Venise, unanimement salué par la critique internationale
Elle décède en décembre 2019 à Paris, quelques mois après la sortie du film d’action de Besson qui porte son prénom. Une coïncidence troublante.
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films tournés avec Jean-Luc Godard entre 1960 et 1967
🎬 Anna de Luc Besson (2019) : un film d’action qui n’a rien à voir
Soyons clairs : le film Anna signé Luc Besson n’a aucun lien avec Anna Karina. Le titre est une simple coïncidence — ou un clin d’œil non revendiqué. Besson raconte l’histoire d’Anna Poliatova, une jeune Russe recrutée par le KGB et transformée en tueuse professionnelle. Du pur cinéma d’action, dans la veine de Nikita (1990) ou Lucy (2014).
Le film est porté par Sasha Luss, mannequin russo-américaine dont c’est le premier grand rôle. À ses côtés : Helen Mirren en recrutrice soviétique glaciale, Luke Evans en agent de la CIA, et Cillian Murphy. Le tournage s’est déroulé entre Paris et Moscou, ce qui donne au film une esthétique froide et élégante.
Ce que les critiques en ont dit
Les critiques ont été mitigées, pour rester poli. Sur Allociné, le film tourne autour de 2,8/5 côté presse au moment de sa sortie. Les reproches récurrents : un scénario trop mécanique, des twists prévisibles, un manque d’émotion dans un genre qui ne vit que par ses personnages. Certains ont défendu la mise en scène de Besson — efficace, nerveuse, maîtrisée — tout en regrettant que le fond ne suive pas.
« Besson livre un thriller d’action propre, visuellement soigné, mais émotionnellement vide. Anna ne nous fait jamais vraiment trembler pour Anna. »
— Synthèse des critiques presse françaises, été 2019
Le public, lui, a été un peu plus indulgent. Les amateurs de films d’action calibrés, façon Milan ou Tokyo avec une héroïne en tailleur, y ont trouvé leur compte. Le problème vient surtout de la comparaison avec Nikita : difficile de ne pas penser à l’original quand Besson revisite si frontalement son propre territoire.
| 🎭 Anna Karina (actrice, 1940-2019) | 🎬 Anna (film Besson, 2019) |
|---|---|
| Nouvelle Vague française, cinéma d’auteur, muse de Godard, carrière de 50 ans, icône culturelle mondiale | Thriller d’action, espionnage soviétique, Sasha Luss, Luke Evans, tournage entre Paris et Moscou, 2019 |
Où voir les films d’Anna Karina et comment s’y retrouver
La filmographie de la vraie Anna Karina est accessible, mais demande un peu d’effort. Les grandes plateformes de streaming ne font pas toujours la part belle au cinéma de patrimoine français des années 60. Mubi est probablement la meilleure option pour trouver Vivre sa vie ou Bande à part — la plateforme spécialisée dans le cinéma d’auteur les programme régulièrement.
Les éditions DVD/Blu-ray de Gaumont ou de l’éditeur Carlotta Films restent des valeurs sûres. Pour le film de Besson, c’est beaucoup plus simple : Amazon Prime, Canal+, et la plupart des plateformes mainstream l’ont proposé dès les mois suivant sa sortie en salles. Si vous cherchez à trier vos options de visionnage, la démarche ressemble à celle décrite dans Où regarder les films Harry Potter : le guide ultime — chaque film a sa propre disponibilité selon les périodes et les territoires.
✅ À retenir
« Anna Karina film » peut renvoyer à deux réalités très différentes selon ce que vous cherchez : l’œuvre d’une actrice légendaire de la Nouvelle Vague, ou un thriller d’action signé Besson sorti en 2019. Les deux valent le détour — pour des raisons totalement opposées.
Pour aller plus loin dans la filmographie Nouvelle Vague, quelques titres à ajouter à votre liste :
- Vivre sa vie (Godard, 1962) — le point de départ idéal
- Bande à part (Godard, 1964) — le plus accessible, le plus joyeux
- Pierrot le fou (Godard, 1965) — le plus romantique et le plus violent à la fois
- La Religieuse (Rivette, 1966) — Anna Karina hors Godard, absolument remarquable
- Anna (Besson, 2019) — pour la curiosité, et pour Luke Evans
⚠️ À garder en tête
Sur Allociné ou Letterboxd, la recherche « Anna » renvoie d’abord au film de Besson (2019), pas à Anna Karina. Si vous cherchez les films de l’actrice, tapez directement « Anna Karina » dans la barre de recherche — sinon vous passerez à côté de 50 ans de cinéma.
Anna Karina reste une figure rare : une actrice qui a incarné toute une révolution esthétique sans jamais sembler y mettre d’effort. Son visage filmé en gros plan dans Vivre sa vie, les larmes aux yeux devant La Passion de Jeanne d’Arc, est peut-être l’un des plans les plus cités de l’histoire du cinéma français. Ça, aucun film d’action ne peut le remplacer.
Questions fréquentes
Quel est le premier film d’Anna Karina avec Godard ?
Le premier film que Jean-Luc Godard tourne avec Anna Karina est Le Petit Soldat, en 1960. Le film est censuré en France pendant deux ans en raison de son traitement de la guerre d’Algérie. C’est pourtant là que commence une collaboration de sept films, l’une des plus fertiles de la Nouvelle Vague.
Le film Anna de Luc Besson est-il lié à l’actrice Anna Karina ?
Non, il n’y a aucun lien entre les deux. Le film Anna de Luc Besson (2019) raconte l’histoire d’une espionne russe nommée Anna Poliatova, interprétée par Sasha Luss. La coïncidence de prénom est source de confusion fréquente, mais Besson n’a jamais revendiqué de référence à l’actrice danoise de la Nouvelle Vague.
Où peut-on regarder les films d’Anna Karina en streaming ?
Mubi est la plateforme la plus fiable pour trouver les films de la Nouvelle Vague, dont ceux d’Anna Karina avec Godard. Certains titres sont aussi disponibles sur la Cinetek ou en VOD via des éditeurs spécialisés comme Carlotta Films. Les éditions physiques (DVD, Blu-ray Gaumont) restent une option solide pour les collectionneurs.
Quels prix Anna Karina a-t-elle reçus pour ses films ?
Anna Karina remporte l’Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale en 1961 pour Une femme est une femme. Le film Vivre sa vie obtient le Lion d’argent à Venise en 1962. Elle est nommée aux César en 1980 pour Le Berceau de cristal. La France lui a décerné le César d’honneur en 2018, un an avant son décès.
Quelle différence entre le style de jeu d’Anna Karina et celui des actrices d’action comme Sasha Luss ?
Anna Karina jouait dans le registre de la Nouvelle Vague : improvisation, naturalisme, cassure du quatrième mur, intériorité exposée sans filtre. Sasha Luss dans Anna (2019) incarne un tout autre type de jeu — celui du cinéma d’action calibré, où le corps prime sur l’émotion. Les deux approches ne se jugent pas sur la même échelle.