Octobre 2012. La chaîne américaine The CW diffuse le premier épisode d’une série sur un archer en capuche verte, fils de milliardaire revenu d’entre les morts après cinq ans sur une île. Personne ne s’attendait à ce qu’Arrow devienne le pilier d’un univers télévisé entier, l’Arrowverse, qui allait s’étendre sur une décennie avec des spin-offs comme The Flash, Supergirl ou Legends of Tomorrow. Pari réussi — avec quelques accrocs en route.
La série, créée par Greg Berlanti, Marc Guggenheim et Andrew Kreisberg, s’inspire librement du personnage DC Comics Green Arrow, mais prend ses distances avec les comics pour construire quelque chose de plus sombre, plus ancré dans le réel. Huit saisons, 170 épisodes, un Teen Choice Award… et une fin en janvier 2020 qui a clos proprement un chapitre. Voici ce que vaut réellement Arrow, saison par saison, et pourquoi cette série mérite (ou non) votre temps.
Arrow, une série née d’un pari risqué sur DC Comics
Le contexte : DC à la télévision avant 2012
Avant Arrow, DC Comics à la télévision vivotait. Smallville venait de se terminer après dix saisons sur Superman, et personne n’avait vraiment tenté de remettre un super-héros sombre sur le petit écran avec ce niveau d’ambition. Warner Bros. Television et The CW ont misé sur un personnage secondaire — Green Arrow n’est pas Batman, loin de là — et ont construit un récit en deux temporalités : le présent à Starling City, et le passé sur l’île de Lian Yu via des flashbacks. Cette structure, simple sur le papier, a tenu pendant cinq saisons avant de s’épuiser.
Stephen Amell dans la peau d’Oliver Queen
Stephen Amell était quasi inconnu avant Arrow. Quelques apparitions dans des séries canadiennes, rien de mémorable. Sa performance physique — les scènes de combat, les barres fixes — a vite établi le personnage comme crédible. Le problème : Amell a parfois été cantonné à une rigidité émotionnelle qui, si elle colle au personnage, finit par lasser. Les meilleures saisons sont celles où Oliver Queen craque, où il se trompe, où il perd. Les pires sont celles où il se contente de serrer les dents.
💡 Notre conseil
Si vous débutez Arrow, accrochez-vous jusqu’à la fin de la saison 2 avant de juger la série. Les 23 premiers épisodes posent les bases, mais c’est la deuxième saison qui révèle le vrai potentiel de l’ensemble.
Le meilleur et le pire d’Arrow saison par saison
Saisons 1 et 2 : l’âge d’or
La saison 1 installe le décor avec une efficacité redoutable. Oliver Queen revient de l’île, reprend sa place dans sa famille dysfonctionnelle, et commence à éliminer les corrompus de Starling City à partir d’une liste laissée par son père. Sombre, parfois brutal pour une série CW. La saison 2 fait mieux encore : Manu Bennett en Deathstroke offre le meilleur antagoniste de toute la série. La dynamique Oliver/Slade Wilson fonctionne parce qu’elle a une histoire, un poids émotionnel réel.
Saisons 3 et 4 : le décrochage
La saison 3 essaie de reproduire la formule Deathstroke avec Ra’s al Ghul — et n’y arrive pas vraiment. La saison 4, avec Damien Darhk et ses pouvoirs magiques, marque une rupture : Arrow tente de singer le ton plus léger de The Flash, lancé en 2014. Résultat : un mélange bancal. Les fans ont massivement critiqué cette saison, notamment la direction donnée au personnage de Felicity Smoak (Emily Bett Rickards).
⚠️ À garder en tête
Arrow a souffert d’un problème structurel récurrent : les showrunners ont changé plusieurs fois. Marc Guggenheim est resté, mais la vision créative a varié, ce qui explique les sautes de qualité entre saisons.
Saisons 5 à 8 : le redressement partiel
La saison 5 redresse la barre. Prometheus, incarné par Josh Segarra, est peut-être le deuxième meilleur méchant de la série après Deathstroke. La saison revisite intelligemment les flashbacks pour boucler la boucle de l’île. Les saisons 6 et 7 restent correctes sans être mémorables. La saison 8, volontairement courte (10 épisodes), sert avant tout à préparer le crossover Crisis on Infinite Earths et à offrir à Oliver Queen une sortie digne. Mission accomplie, même si la nostalgie fait beaucoup du travail.
170
épisodes sur 8 saisons, de 2012 à 2020
L’Arrowverse : ce qu’Arrow a déclenché
The Flash et le tournant de l’univers partagé
Arrow a directement engendré The Flash en 2014, via un épisode backdoor pilot où Barry Allen apparaît dans la série. Ce spin-off a rapidement dépassé Arrow en termes d’audience et de popularité. C’est le paradoxe de la série mère : elle a créé quelque chose qui l’a éclipsée. Legends of Tomorrow, Batwoman, Superman & Lois… la liste des séries issues de l’Arrowverse est longue, et aucune n’aurait existé sans le pari de 2012.
Les crossovers annuels : spectacle garanti
Chaque automne, The CW organisait un crossover entre ses séries DC. Invasion! (2016), Crisis on Earth-X (2017), Elseworlds (2018)… Ces événements télévisés multi-épisodes réunissaient des dizaines de personnages et représentaient un exploit logistique pour des budgets de télévision. Si vous aimez ce format, c’est dans nos Dossiers que vous trouverez des analyses détaillées de ces arcs narratifs crossover.
| 📺 Série Arrowverse | 📅 Année de lancement | 🔗 Lien avec Arrow |
|---|---|---|
| The Flash | 2014 | Backdoor pilot dans Arrow S2 |
| Legends of Tomorrow | 2016 | Personnages issus d’Arrow et Flash |
| Batwoman | 2019 | Introduite dans Elseworlds (crossover) |
| Superman & Lois | 2021 | Post-Crisis on Infinite Earths |
Les personnages secondaires qui ont sauvé (ou plombé) la série
Felicity, John Diggle et Roy Harper
John Diggle (David Ramsey) est probablement le personnage le plus constant de la série — fiable, bien écrit, jamais sacrifié à un arc narratif absurde. Felicity Smoak, à l’inverse, a un arc en montagnes russes : adorée en saisons 1-3, polarisante à partir de la saison 4 quand elle devient un pivot romantique au détriment de sa personnalité propre. Roy Harper (Colton Haynes) méritait mieux que ce que les scénaristes lui ont offert.
Les antagonistes : l’obsession de trouver le prochain Deathstroke
Chaque saison d’Arrow cherche un grand méchant. Le résultat est inégal :
- Deathstroke / Slade Wilson (saison 2) — imbattable, relation avec Oliver profonde
- Prometheus / Adrian Chase (saison 5) — surprenant, psychologiquement riche
- Ra’s al Ghul (saison 3) — sous-exploité malgré le potentiel
- Damien Darhk (saison 4) — trop cartoonesque pour Arrow
- Ricardo Diaz (saison 6) — trop long, trop banal
✅ À retenir
La qualité d’une saison d’Arrow se mesure presque entièrement à son antagoniste principal. Quand le méchant a une motivation solide et un lien personnel avec Oliver, la saison fonctionne. Quand il est là pour faire du mal par principe, ça se ressent immédiatement.
Arrow face aux autres adaptations DC
La comparaison avec les films DC
Arrow a souffert d’une règle non écrite entre DC Films et DC Television : les personnages majeurs comme Batman ou Wonder Woman ne pouvaient pas apparaître dans les séries CW. Oliver Queen a donc évolué dans un DC Universe de seconde zone — en termes de notoriété des personnages, pas de qualité narrative. C’est une contrainte qui a paradoxalement poussé les créateurs à inventer ou développer des personnages moins connus des comics, parfois avec succès.
Arrow vs Daredevil : deux visions du héros sombre
La comparaison avec Daredevil de Netflix revient souvent. Les deux séries ont choisi le registre sombre, le héros sans superpouvoir, le vigilante urbain. Daredevil a eu trois saisons, un budget par épisode plus élevé, et une liberté de ton (violence, thèmes adultes) que The CW n’autorisait pas. Arrow a compensé par la longévité et la construction d’un univers. Ce sont deux approches différentes — l’une n’invalide pas l’autre. Pour situer Arrow dans le paysage plus large des adaptations DC et Marvel, voir aussi Regarder Marvel dans l’ordre chronologique : films et séries.
« Arrow a prouvé qu’une série super-héroïque sur câble pouvait tenir 8 saisons et lancer un univers entier — sans blockbuster, sans budget Marvel Studios. »
— Analyse télévisuelle, The Hollywood Reporter, 2020
Faut-il regarder Arrow aujourd’hui ?
Par où commencer ?
Si vous n’avez jamais regardé Arrow et hésitez, voici la vraie réponse :
Indispensables. Elles forment un diptyque cohérent et constituent le meilleur qu’Arrow ait produit.
Si vous avez aimé les deux premières, la saison 5 vous récompense. Sinon, vous pouvez vous arrêter après la saison 2 sans regret.
10 épisodes, un beau au revoir. Regardez-la si vous avez investi du temps dans la série — elle respecte les personnages.
Arrow en 2024 : une série datée ou toujours pertinente ?
Arrow accuse son âge sur certains plans : effets visuels limités, rythme parfois lent pour les standards actuels du streaming. Mais la construction de l’Arrowverse reste une leçon d’architecture télévisuelle. Comprendre comment un univers partagé se construit à la télévision passe par Arrow — c’est là que tout a commencé. La série est disponible sur Max (ex-HBO Max) et sur plusieurs plateformes selon les pays.
Niveau : 🟢 Accessible · Genre : 🦸 Super-héros · Durée totale : 📺 8 saisons