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Babysitter de Monia Chokri : une comédie qui fait mal

Un homme dit une phrase sexiste en public. Sa femme le filme. La vidéo fait le tour d’internet. Et pour se faire pardonner, le couple engage une babysitter qui va tout faire exploser. Sur le papier, Babysitter de Monia Chokri ressemble à une comédie de mœurs bien ficelée. À l’écran, c’est beaucoup plus dérangeant — et c’est précisément pour ça que le film mérite qu’on s’y attarde.

Sorti en France en mai 2022 après avoir cartonné au Québec, ce deuxième long métrage de la réalisatrice et actrice canadienne a divisé la presse, agacé une partie du public, et enthousiasmé l’autre. Rarement un film sur le babysitting aura autant parlé de masculinité, de désir et d’hypocrisie bourgeoise en même temps.

Synopsis et contexte du film

De quoi parle Babysitter ?

Cédric (Patrick Hivon) commet une gaffe monumentale : il embrasse une inconnue dans un bar en lui disant qu’il adore les femmes, puis la scène tourne. Sa compagne Nadine (Monia Chokri elle-même, à l’écran) gère la crise de communication pendant que son frère Jean-Michel débarque dans leur vie déjà chaotique. Pour soulager le couple, ils engagent Amy, une babysitter dont la présence va progressivement dérègler toute la mécanique domestique.

Le film s’appuie sur une pièce de théâtre de Catherine Léger, ce qui explique en partie son rythme très écrit, presque musical. Les dialogues sonnent faux — volontairement. Les personnages sont des archétypes poussés à l’absurde : le mâle repentant, la femme épuisée de pardonner, le frère immature, la babysitter mystérieuse et libérée. Chokri ne cherche pas le réalisme. Elle cherche la caricature précise.

💡 Notre conseil

Si vous aimez les comédies lisses et rassurantes, passez votre chemin. Babysitter fonctionne comme une satire : il grossit le trait pour mieux faire réfléchir. Acceptez le registre dès les premières minutes, sinon le film vous perdra.

Un style visuel qui revendique ses influences

Monia Chokri a un œil. Son premier film, La femme de mon frère (2019), avait déjà montré un goût prononcé pour les cadres fixes, les couleurs saturées et les références à la Nouvelle Vague française. Babysitter va encore plus loin dans cette direction.

Les plans sont souvent immobiles, les décors très designés, les costumes pensés comme des accessoires dramaturgiques. Amy porte systématiquement du rouge. Nadine est dans les tons ternes. Ce n’est pas de la coïncidence. Le film parle autant par les images que par les mots, et c’est là que Chokri se distingue clairement d’une réalisatrice de comédie ordinaire.

  • Photographie : soignée, quasi publicitaire par moments
  • Références assumées : Godard, Demy, et une pointe de Almódovar dans les couleurs
  • Bande originale : décalée, parfois ironique
  • Durée : 91 minutes, ce qui évite l’essoufflement

⚠️ Critiques et réception : pourquoi le film divise

Les critiques françaises ont été globalement positives sans être unanimes. Les Inrockuptibles ont salué le ton, Télérama a nuancé, et certains spectateurs ont reproché au film de ne pas trancher clairement entre la satire et la comédie romantique. C’est un reproche légitime — mais qui rate peut-être l’essentiel.

⚠️ À garder en tête

Babysitter n’offre pas de résolution propre. Les personnages ne « grandissent » pas vraiment. Si vous cherchez un arc narratif classique avec leçon morale à la clé, le film risque de vous frustrer profondément.

Au Québec, le film a reçu le prix du meilleur film canadien au Festival de Toronto en 2022 — un signal fort dans un contexte très concurrentiel. En France, il a récolté des prix dans plusieurs festivals de cinéma francophones. Cette double légitimité, populaire et critique, est rare pour une comédie qui traite du mansplaining et du cancel culture sans jamais prononcer ces mots.

« Chokri filme la comédie de couple comme on tirerait le portrait d’un désastre annoncé — avec une tendresse étrange et un humour qui coupe. »

— Synthèse de la presse francophone, 2022

Ce qui revient dans presque toutes les critiques positives : la maîtrise du rythme et l’interprétation. Chokri actrice est impeccable dans un rôle ingrat — la femme qui endure. Patrick Hivon joue l’homme pathétique sans le rendre détestable, ce qui est un vrai tour de force. Quant à Nadia Tereszkiewicz dans le rôle d’Amy, elle apporte une présence presque fantomatique qui tire le film vers quelque chose de plus étrange que la comédie pure.

👍 Ce qui fonctionne 👎 Ce qui agace
Interprétation précise et calibrée

Style visuel cohérent et affirmé

Dialogues ciselés, jamais bavards

Ton satirique assumé jusqu’au bout

Personnages volontairement peu attachants

Fin ouverte qui déstabilise

Registre parfois froid, clinique

Humour pas toujours accessible à tous les publics

🎯 Faut-il regarder Babysitter ?

La réponse courte : oui, si vous acceptez que ce film ne cherche pas à vous plaire. Monia Chokri construit des films qui observent les gens avec une forme de froideur affectueuse — un paradoxe productif. Babysitter s’inscrit dans la lignée des comédies qui font rire jaune, dans la tradition d’un cinéma d’auteur francophone qui n’a pas peur de la provocation formelle.

Pour situer le film dans un panorama plus large du cinéma de genre et d’auteur, les Dossiers disponibles sur Assontic offrent des analyses thématiques utiles pour comparer les œuvres entre elles. Si vous aimez explorer des univers cinématographiques cohérents et cherchez aussi d’autres films à voir en streaming, l’article Où regarder les films Harry Potter : le guide ultime montre comment naviguer dans les différentes plateformes selon les œuvres.

✅ À retenir

Babysitter (2022) de Monia Chokri : une comédie québécoise primée à Toronto, disponible en France depuis mai 2022, qui traite de la masculinité et du couple avec un style visuel affirmé. 91 minutes denses, des critiques divisées, et une réalisatrice à suivre absolument.

Niveau : 🎬 Cinéma d’auteur · Ton : 😏 Satirique · Origine : 🍁 Québec/France

Ce qu’on retient au fond, c’est que Chokri refuse le confort. Elle aurait pu faire une comédie feel-good sur le babysitting et la réconciliation conjugale. Elle a préféré faire un film qui vous laisse avec un léger malaise — et c’est bien ça qui le rend mémorable.