Dossiers

Personnages trans dans les animes : canon ou lecture de fans ?

Dans les animes, un personnage trans ou non-binaire n’est pas toujours celui qu’on croit. Certains sont confirmés noir sur blanc par le scénario ou par la personne qui les a créés. D’autres sont simplement lus comme tels par des fans qui reconnaissent quelque chose dans une posture, une réplique ou un silence, sans que l’œuvre ne tranche jamais vraiment. Et puis il y a les faux amis : les corps qui changent par malédiction ou par accident de laboratoire, qui n’ont rien à voir avec une histoire trans, même si la confusion revient souvent. Voici un tri, anime par anime.

Pourquoi la distinction canon / lecture de fans compte

Un personnage « canon » est un personnage dont l’identité trans ou non-binaire est établie par l’œuvre elle-même, dans le texte, le dialogue ou une déclaration officielle de son créateur ou sa créatrice. Une « lecture de fans » est une interprétation, souvent solide et bien argumentée, mais que l’œuvre n’a jamais confirmée explicitement. Les deux ont leur valeur : la première documente une représentation assumée, la seconde montre à quel point certains personnages parlent à un public trans et non-binaire, même sans étiquette officielle.

Des personnages confirmés par l’œuvre

Wandering Son (2011) reste une référence : le manga et l’anime suivent Shuichi Nitori et Yoshino Takatsuki, deux collégiens dont l’identité de genre est énoncée clairement par l’histoire, aux côtés de Makoto Ariga et Yuki. Dans Tokyo Godfathers (2003), Hana est présentée comme une femme trans, même si certaines versions sous-titrées la mégenrent, un défaut de traduction plus qu’un choix du film.

Zombie Land Saga (2018) réserve une révélation à son huitième épisode : Lily Hoshikawa est une fille trans, un fait que la série traite ensuite avec un humour parfois maladroit. Dans Stars Align (2019), Yu Asuka emploie le terme « x-gender » pour décrire une identité non-binaire, un vocabulaire propre au Japon. Plus récemment, Skip and Loafer (2023) présente Nao, tante du personnage principal, styliste et femme trans, sans en faire l’enjeu de son histoire. Le manga My Hero Academia confirme officiellement, dans ses fiches de personnages, l’identité trans de Tiger et de Magne, cette dernière tuée brutalement dans un scénario qui a suscité des critiques sur le traitement réservé aux personnages trans secondaires.

Plus récent encore, Bridget, personnage du jeu Guilty Gear repris dans l’anime Guilty Gear Strive: Dual Rulers (2025), fait son coming out en tant que femme, une évolution confirmée par son créateur sur le blog officiel de la licence. Ce genre de confirmation tardive, des années après la création d’un personnage, montre que la liste des œuvres canoniquement trans ou non-binaires continue de s’allonger au fil des annonces des studios et des créateurs.

Ceux que les fans lisent comme trans, sans confirmation

Dans Hunter x Hunter (2011), une partie du public voit en Alluka Zoldyck une fille trans en lutte pour être acceptée par sa famille, une lecture qui s’appuie sur plusieurs éléments du récit sans que l’œuvre ne le formule explicitement. Dans Blue Period (2021), le personnage de Yuka Ayukawa laisse deviner une possible identité genderfluid, là encore sans confirmation directe.

Le piège du travestissement et de la malédiction

Certains classiques sont souvent cités à tort comme des histoires trans, alors qu’ils racontent autre chose. Dans Ranma ½, une malédiction change le corps de Ranma Saotome, écrit comme un garçon cisgenre qui subit une transformation, pas comme un personnage trans. Même logique dans Onimai: I’m Now Your Sister! (2023), où une expérience scientifique réveille Mahiro Oyama dans un corps de fille, ou dans Sailor Moon Sailor Stars, où les Sailor Starlights ont un corps masculin au quotidien et féminin en transformation. Senpai Is an Otokonoko (2024) se situe entre les deux : Makoto Hanaoka porte des vêtements féminins et semble à l’aise avec une désignation masculine, un cas qui relève davantage de l’expression de genre que d’une histoire trans à proprement parler.

Une vigilance à garder sur les représentations anciennes

Une partie des animes plus anciens s’appuie sur la figure de l’« okama », un stéréotype japonais historiquement moqueur envers les hommes efféminés ou les femmes trans. Dans ces cas-là, la féminité du personnage sert surtout de ressort comique, une parodie plutôt qu’une représentation. Le repérer permet de mieux distinguer les œuvres qui traitent leurs personnages trans avec sérieux de celles qui les utilisent comme un gag récurrent. Cette vigilance vaut aussi pour le doublage et le sous-titrage : comme pour Hana dans Tokyo Godfathers, une traduction française peut mégenrer un personnage que la version originale traite pourtant avec respect, ce qui déplace le problème de l’œuvre elle-même vers sa diffusion en France.

Des personnages fictifs, une communauté bien réelle

Grandir avec Shuichi Nitori ou reconnaître quelque chose dans le parcours d’Alluka aide beaucoup de fans à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Mais un personnage de fiction ne répond jamais, et ne remplace pas la rencontre avec d’autres personnes qui vivent la même chose. C’est précisément ce que propose T4TSpace, en dehors de tout écran : une application de rencontre par et pour les personnes trans et non-binaires, où chaque profil est vérifié manuellement avant d’être visible. On retrouve le dossier de T4TSpace sur les personnages trans dans les animes pour aller plus loin dans le classement canon ou lecture de fans, et la présentation complète de l’application pour comprendre comment elle fonctionne concrètement.

Pour aller plus loin

Sur la question plus large de la représentation trans et non-binaire dans les mangas et les animes, l’article de Slate.fr sur les animes comme source d’identification pour les ados LGBT creuse plusieurs de ces exemples. Les associations OUTrans et Existrans, collectif à l’origine de la marche annuelle des personnes trans et intersexes, proposent toutes deux des ressources pour approfondir le vocabulaire et les questions abordées dans cet article.